[Réflexion] (Mis)conception de l’Amour

J’ai longtemps hésité à publier cet article car j’éprouve toujours quelques difficultés à partager publiquement des réflexions aussi intimes. Mais l’une de mes résolutions pour 2023 est de sortir de ma zone de confort et d’arrêter de me préoccuper du jugement des autres. Donc en ce 14 février, parlons d’Amour.

Je vis beaucoup dans ma tête, ce qui fait que j’ai une vision idéalisée de l’Amour et des relations amoureuses relativement incompatible avec la réalité.

Déjà, si je dois rencontrer quelqu’un, c’est via la méthode « classique », à savoir au hasard de la vie, en vrai, et laisser ensuite les sentiments se développer (ou non) au fil du temps, des discussions, des rendez-vous. Ce n’est pas pour rien que l’un de mes tropes préférés en littérature c’est le slow burn. Faire des rencontres via des applications dédiées, c’est impensable pour moi. Parce qu’il s’agit de rencontrer quelqu’un et laisser faire le temps, pas de chercher à rencontrer quelqu’un. Avoir quelqu’un dans ma vie est loin d’être une finalité pour moi, si ça arrive, tant mieux, sinon, c’est simplement que ce n’était pas destiné.

De toute façon, même si je le voulais, je ne pourrais pas chercher à rencontrer quelqu’un car je suis pleine de doutes et d’insécurités en ce qui concerne les sentiments amoureux. Je n’ai aucune expérience en la matière. Et en bonne INTP/Vierge perfectionniste que je suis, j’aime faire les choses correctement – et ça vaut aussi pour les sentiments. Sauf que j’ai beaucoup perdu en empathie au fil des ans, je suis devenue sauvage, ce qui fait que quand les émotions et sentiments entrent en ligne de compte, je suis perdue.

Ajoutons à cela que je n’ai pas été habituée aux effusions sentimentales. On n’a jamais été très démonstratifs chez moi – les « bisous je t’aime » à chaque fois qu’on raccroche le téléphone, les câlins et embrassades matin et soir, je n’ai pas connu ça. Je ne le regrette pas, je n’ai pas besoin de ça pour savoir que mes parents et ma sœur m’aiment. Je préfère les petites intentions aux grands mots. Mais ça a fait de moi quelqu’un de réfractaire au contact physique, je n’arrive pas à évaluer à quel moment il faut aller vers les autres. Alors, plutôt que de mal faire, je préfère ne rien faire et éviter toute situation qui génèrerait un rapprochement physique.

Pour compliquer encore la tâche, je ne me sens pas capable d’offrir une relation à temps plein à quelqu’un. Je suis habituée à être seule, j’ai besoin d’être plus souvent seule qu’accompagnée. Ma batterie sociale à tendance à vite s’épuiser, alors devoir être présente pour quelqu’un à temps plein serait une concession difficile pour moi (aussi bien en amour qu’en amitié d’ailleurs). Si pour moi cette indépendance est une qualité, je sais que dans un couple cela pourrait davantage être vu comme un manque d’affection ou d’intérêt. On m’a plusieurs fois fait ce reproche en amitié, alors je n’ose imaginer ce qu’il en serait en amour.

Et on arrive au cœur du problème : je ne serais pas en mesure de le présenter à ma famille ou mes amis car j’ai besoin de compartimenter. Je ne peux pas être à la fois la fille, la sœur, l’amie et la petite copine à un même moment. Ajoutons à cela le fait que je ne veux pas « imposer » ma famille (au sens large) et ses complications à qui que ce soit donc clairement le mariage et les enfants seraient exclus. Il me faudrait donc trouver quelqu’un qui accepterait d’être gardé « secret », qui ne demanderait pas à rencontrer ma famille ou mes amis, qui se satisferait du temps passé avec moi seule.

J’ai une vision assez peu conventionnelle de l’Amour. Je crois aux âmes-sœurs mais pas à l’amour éternel. Je ne crois pas qu’une seule personne puisse tout offrir dans une vie. Je crois au bonheur individuel plus qu’à la fidélité. Je vois le mariage davantage comme une formalité administrative qu’une preuve d’amour. Je sais que parfois on tombe sur la bonne personne au mauvais moment. Je comprends que les gens changent, les sentiments évoluent, les relations se font et se défont. Je trouve ça normal. Je n’ai pas peur du changement, de la rupture, de la séparation.

Les rares fois où j’ai eu ce genre de discussion avec des amis, ils m’ont répondu que je disais ça maintenant, mais que ça changerait le jour où je rencontrerais quelqu’un. Oui. Mais non. Je suis célibataire depuis suffisamment longtemps et j’ai eu largement le temps d’observer les autres et de discuter avec moi-même pour savoir ce que je veux ou ne veux pas dans une relation.

1 Comment

  1. Merci pour ce texte très personnel.
    Tu dis que tu as une vision idéalisée de l’amour, mais je trouve que tu en as, paradoxalement, également une vision très pragmatique. Et ce pragmatisme est en effet peu conventionnel alors qu’il me semble pourtant très sain.
    Je me dis parfois qu’il devrait y avoir autant de visions de l’amour que de gens, tandis que le monde essaye trop de nous faire rentrer dans un seul modèle…

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