Macbeth – Jamie Lloyd (Trafalgar Studios)

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Ecosse, dans le futur. Le Royaume-Uni – le monde ! – est en crise, divisé, affaibli par de longues années de déclin économique et de catastrophes naturelles. Un groupe de survivants : Duncan, Malcom, Donalbain, Lennox, Ross, Banquo, Macbeth et sa femme, Macduff, sa femme et ses enfants, Caithness et Angus. Quelques autres survivants de moindre importance. Et trois sorcières.

L’histoire est la même que celle de Shakespeare, seule l’époque change : Macbeth, duc de Glamis, rentre victorieux d’une bataille et rencontre sur son chemin trois femmes qui l’accueillent en lui donnant trois titres différents – duc de Glamis, duc de Cawdor et futur roi. Qu’est-ce donc que cela ? se dit-il, ces femmes sont bizarres… De retour au pays, deux hommes envoyés par le roi Duncan (et accessoirement, cousin de Macbeth) le nomment Duc de Cawdor. Il en parle à sa femme : devenir roi est la prochaine étape. Il faut tuer Duncan ! C’est chose faite… Macbeth est roi. Mais il culpabilise. Lady Macbeth culpabilise aussi. Ils ont des hallucinations, ils deviennent fous, tout le monde a peur, tout le monde les fuit…

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Macbeth est la première pièce du projet « Trafalgar Transformed » : le Studio 1 a été refait – la scène a été surélevée, 70 sièges ont été installés sur la scène… le spectateur est dans la pièce ! Le premier rang a les pieds sur la scène, les 70 installés derrière font partie du décor. La pièce n’en est que plus forte, plus sombre, plus violente... On a beau connaître la pièce, on ne s’attend pas à voir arriver James McAvoy sur scène, recouvert de sang et deux sabres à la main. On ne s’attend tout simplement à rien de tout cela.

Dans la version de Jamie Doyle, le monde est au bord du gouffre. Le décor est minimaliste : des tables bancales, des chaises dépareillées, des portes qui mènent dans les sous-terrains, un WC répugnant, un sol recouvert de tâches de sang. Les costumes sont vieux et crasseux, les pantalons sont déchirés, les pulls sont sales, les chaussures sont usées. Les accessoires sont limités : des armes, une casserole en guise de chaudron, des sabres, un poignard. C’est la guerre; personne ne vit, tout le monde survit. La musique assourdissante de Alex Baranowski, les lumières aveuglantes de Adam Silverman – tout contribue à rendre l’ambiance oppressante et angoissante.

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James McAvoy est Macbeth. Il l’avait déjà été en 2005, à la télé, dans une version moderne qui se passait dans un restaurant. Il était excellent, mais sur scène et avec 8 années de plus, il est encore meilleur. James McAvoy a deux choses qui le rendent fascinant : ses yeux très expressifs et son sourire. Il n’a pas besoin de crier, de pleurer, de se battreon voit dans sa posture, son regard craintif, son sourire triste à quel point Macbeth culpabilise, à quel point il est effrayé, à quel point il est sans merci. Mais aussi, à quel point il aime ses compagnons d’infortune et Lady Macbeth.

Parlons-en de Lady Macbeth, jouée par Claire Foy. Elle a fait du théâtre certes, mais encore plus de télé et jamais de Shakespeare. Et pour une première fois, elle s’en sort formidablement bien. Lady Macbeth est un personnage complexe et compliqué à jouer. Il faut faire attention à ne pas en faire juste une femme manipulatrice et ambitieuse – comme c’est souvent le cas dans les versions modernes. C’est surtout une femme qui a souffert, qui ne veut que ce qui lui revient de droit (selon elle) et qui fera tout ce qu’il faut pour l’avoir. Claire Foy nous offre une Lady Macbeth tout en subtilité et culpabilité. Elle a l’air fragile, mais du haut de ses 1m62, elle dégage une force incroyable. C’est elle qui a poussé Macbeth au meurtre, mais c’est aussi elle qui le maintient sur ses pieds, qui l’aide à se remettre de ses hallucinations. Parce qu’au fond, elle a fait ça pour lui, par amour. C’est tragique de les voir ainsi sombrer dans la paranoia et la folie…

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Tout le reste du cast est excellent, bien évidemment. Que ce soit Jamie Ballard en Macduff, Kevin Guthrie en Lennox, Forbes Manson en Banquo, Hugh Ross en Duncan et ceux que je ne cite pas. Mention spéciale à Allison McKenzie en Lady Macduff et Merin Monteath qui jouait ce soir-là la fille de Macduff !

Macbeth, mis en scène par Jamie Lloyd c’est une nouvelle preuve de l’intemporalité des oeuvres de William Shakespeare. Une mise en scène futuriste spectaculaire, des acteurs habités par leur personnage – une pièce qui mérite qu’on prenne le train et dépense 65£ pour être dans les premiers rangs.

La pièce se joue jusqu’au 27 avril 2013 et elle est conseillée aux plus de 14 ans (ce que je trouve tout à fait sensé : c’est toujours plus impressionnant de voir une tête décapitée sur scène qu’à la télé). C’est archi-complet, mais parfois des billets sont remis en vente (comme hier). Autrement, vous pouvez tenter votre chance le jour même, pour les day seats ou les returns.

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Photos de Johann Personn

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