YANK! – The Musical (Charing Cross Theatre)

Jeudi, je suis retournée voir « YANK! A World War II love story« . Et c’était aussi beau et touchant que la première fois.

Je me doutais que j’aimerais ce spectacle: une histoire inspirée de faits réels, sur des soldats gays, pendant la Seconde Guerre Mondiale ? Ce musical était écrit pour moi ! Mais je ne m’attendais pas à aimer autant. Et quand je dis aimer, c’est autant que Wicked et Urinetown – voire Le Roi Soleil en son temps.

C’est une comédie musicale sans grandes prétentions, aux décors et costumes minimalistes, mais alors le cast est absolument fabuleux. Ils sont heureux et fiers d’être là, de raconter cette histoire, de la partager avec le public dans un petit théâtre sous la station de métro d’Embankment. Cela se ressent à chaque scène, chaque chanson, et ce dès la première réplique de Stu. C’est aussi un hommage à l’âge d’or des comédies musicales (1943-1959) et c’était alors l’occasion pour Joseph et David Zellnik de combiner plusieurs genres et spécificités de l’époque : Broadway et ses numéros de claquettes, le « big band », le swing, les films d’Hollywood censés remonter le moral des soldats. 

YANK! - "Blue Twilight"
« Blue Twilight »

Scott Hunter est « lumineux » (pour reprendre l’expression de Julie) en Stu, jeune soldat dépassé par les événements, perdu au milieu de son régiment et dans sa vie. Andy Coxon est émouvant en Mitch, le soldat sûr de lui, sympa avec tout le monde et apprécié de tous, qui voit toutes ses certitudes s’effondrer quand il fait la rencontre de Stu. Ils sont touchants de sincérité, on vit leur amour et leurs peurs à travers leurs yeux, on doute, on espère et on pleure avec eux. Et ça, plus que des décors impressionnants ou des numéros de danses flamboyants, c’est ce qui fait le vrai succès d’un spectacle. 

YANK! - "A couple of regular guys"
« A couple of regular guys »

Chris Kiely est merveilleux en Artie, le photographe intrépide qui prend Stu sous son aile et va l’aider à se révéler à lui-même. Sarah-Louise Young joue tous les rôles féminins et c’est assez fantastique de la voir changer de rôle tous les trois tableaux ou presque. Les autres membres de la troupe ne sont pas en reste, à eux tous ils subliment un ensemble déjà admirable. 

YANK! - The Squad
The Squad

Je suis réellement impressionnée par tous les points que Joseph et David Zellnik ont réussi à aborder en 2h et une vingtaine de chansons. Et cela, sans jamais donner l’impression d’aller trop vite, ni de trop vouloir en dire quitte à rendre l’ensemble difficile à suivre. Le musical aborde ainsi avec subtilité et brio :

  • les peurs et espoirs des soldats
  • les différentes missions : aller au front ou devenir reporter
  • les femmes, sœurs, mères restées à la maison
  • les femmes qui se sont engagées
  • les étrangers qui ont intégré les régiments
  • la loyauté entre les membres d’un régiment
  • les conséquences de la perte d’un membre de l’équipe
  • la recherche et découverte de soi
  • l’illégalité des relations homosexuelles dans l’armée
  • les conséquences pour les soldats quand cela est découvert
  • comment éviter d’être découvert
  • le fait que le problème ce n’est « avoir » une relation homosexuelle mais « être »
  • le retour à la maison, à la « normalité »
  • et tellement d’autres !

C’est drôle, sensible, touchant et nécessaire. Plus qu’une simple comédie musicale, c’est vraiment une leçon d’histoire, relativement peu connue. On entend beaucoup parler de la cause (le Royaume-Uni célèbre cette année les 50 ans de la dépénalisation partielle de l’homosexualité) mais moins de ce que c’était d’être homosexuel.le pendant la guerre. Et si le sujet est abordé, la référence première reste Alan Turing. C’est affligeant de se dire que l’orientation sexuelle d’une personne est plus importante que sa bravoure ou ses accomplissements en temps de guerre. Et quand on voit ce que Trump sort concernant les transgenres au sein de l’armée, on se dit en admirant YANK! que les mentalités n’ont pas tant évoluées que ça au fond.

Vous l’aurez compris, j’ai adoré. A tel point que combiné à Hamlet et Angels in America, je suis en pleine gueule de bois théâtrale, dirons-nous. Alorsce soir, pour mon dernier soir de l’été à Londres, plutôt que d’aller découvrir un spectacle qui me tente moins, je retourne voir YANK!, la comédie musicale qui me donne tellement envie de retourner à la fac afin d’étudier le sujet.

Pour finir, la vidéo du numéro d’ouverture par Scott Hunter et Andy Coxon.

Et le trailer (de la version au Manchester’s Hope Mill Theatre, donc sans Andy Coxon)

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9 commentaires

    1. Oh oui, je pense que tu aurais vraiment adoré ! Je regrette que ça ne se joue pas plus longtemps, dans un grand théâtre du West End, bien visible, et que la moitié des séances soient sold out. J’espère qu’ils reviendront, de préférence avec le même cast.

        1. Yeaah! Mes préférées c’est « Rememb’ring You » et « Click » et « You, You » et « Just true » et… toutes en fait ^^ Mais j’ai tellement de mal à écouter la version originale, j’ai trop le cast de Londres en tête… Heureusement qu’il y a les vidéos d’Andy Coxon, au moins pour « Rememb’ring You » <3

          1. « Rememb’ring You » est vraiment prenante. J’adore que l’enregistrement inclue vraiment les textes et non juste les moments chantés, ça permet de mieux comprendre sans avoir les images ! J’aime beaucoup pour l’instant !

  1. C’est effectivement important que le sujet continue à être traité. Les mentalités n’ont pas évolué tant que ça malheureusement. En tout cas, elle a l’air géniale cette pièce !

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